On est dans le droit de se réjouir à la lecture d’un reportage paru dans le journal Le Monde début juillet qui raconte comment Dolce&Gabbana forme depuis sept ans des professionnels de la couture pour ses besoins. Nous pensons que c’est une bonne nouvelle pour tout le secteur.

Il s’agit d’une formation de deux ans à temps complet et qui se déroule entièrement dans les ateliers de la marque, avec un encadrement par des travailleurs de la griffe italienne. Depuis son ouverture, la “Botteghe di mestiere”, ou la “fabrique d’artisans”, a déjà formé plus d’une centaine de personnes aux techniques de base de la fabrication vestimentaire artisanale (patronnage, coupe, couture,…) et donné une expérience immersive complète de ce qu’était la vie au sein d’un atelier consacré au vêtement.

Il est encourageant de voir qu’une marque aussi influente se recentre sur les savoirs qui sont le coeur même du noble métier qui consiste à habiller autrui. Certes, des maisons historiques comme Hermès ou Brioni font ce travail d’enseignement depuis longtemps parce qu’elles ont été fondées dès leur commencement sur un savoir-faire manuel précis (travail du cuir de luxe pour Hermès, confection de costumes d’exception pour Brioni). 

Le cas de D&G est bien différent, puisqu’il ne s’agit pas d’un retour mais bien d’un aller aux sources pour une marque fondée au mitan des années 80 par deux designers et qui est devenue un mastodonte de la mode en faisant payer très cher une image sans grand rapport avec une quelconque qualité de fabrication. Et là réside l’ironie : une marque tente de retrouver des travailleurs du métier vestimentaire, et pas du métier de la mode, dans son pays d’origine, l’Italie, mais ces travailleurs sont trop rares ou n’existent tout simplement plus parce qu’ils ont été laminés par la vague de la mode.

D’où la nécessité de recréer des formations mais aussi, et peut-être surtout, des vocations. C’est l’autre point très intéressant de l’article, celui qui parle du cheminement de la plupart des personnes qui intègrent cette formation. Beaucoup de ces étudiants sont d’abord passés par les bancs d’une école de design et se sont ENSUITE lancés dans l’aventure de l’apprentissage des techniques manuelles dans les ateliers de D&G. Avant de devenir un jour des grands manitous du style, ils ont préféré commencer leur carrière plus modestement, et surtout plus concrètement, avec une paire de ciseaux, du fil et une aiguille.

Pour conclure, on peut aussi saluer une certaine générosité chez Domenico Dolce et Stefano Gabbana. Même si l’article n’aborde malheureusement pas l’aspect pécuniaire de l’apprentissage et ne permet pas de savoir s’il est payant, les patrons de la marque ouvrent leurs portes et offrent leur expertise à des ouvriers qualifiés qui, pour 40% d’entre eux, travailleront autre part une fois la formation finie, ce qui pourrait être considéré comme un renfort direct de la concurrence.

Voilà un bel exemple qui montre qu’il est préférable de contribuer à l’éclosion d’un environnement propice à tout le secteur auquel on appartient sans faire de blocage sur son négoce particulier. C’est ce genre d’initiative qui peut aider à relancer tout le secteur textile italien de qualité, ce dont bénéficiera Dolce&Gabbana évidemment.