Inku Atelier_Ana García

Un événement très spécial approche? Un mariage va avoir lieu ou une grande soirée est annoncée? Et si le plus exaltant n’était pas de partir à la recherche de la robe parfaite mais de la créer selon votre personnalité avec l’aide d’une grande professionnelle? Voilà une expérience unique à la hauteur de l’occasion, le souvenir marquant d’avoir conçu et porté une robe qui vous ressemble. Cela fait 30 ans que Ana Garcia exerce comme modéliste et couturière spécialisée dans la confection de robes de soirée et de mariée. En 2017, elle a ouvert son propre atelier pour aider les femmes à la recherche d’un vêtement personnel qui puisse les accompagner fidèlement dans des moments singuliers.

J’ai eu la chance de rencontrer Ana il y a plusieurs années pour la réalisation de ma robe de mariée. Au départ d’une idée travaillée au préalable avec une amie, Ana a pu créer intégralement un vêtement unique qui me correspondait totalement. Lorsqu’elle m’a annoncé qu’elle allait ouvrir son propre magasin, je n’ai pu résister à l’idée de faire un reportage sur elle et son travail.

Dans la vidéo qui suit, nous vous présentons Ana, son histoire, son atelier-boutique dans l’Eixample de Barcelone et sa vision de ce que devrait être le vêtement parfait.

Important: Comment activer les sous-titres en français? Regardez, on vous montre, c’est simplissime.

Une carrière dédiée au vêtement

Ana García, créatrice de Inku Atelier

Une passion d’enfance suffisamment nourrie peut se convertir en vocation. Cela été le cas pour Ana Garcia, créatrice de l’atelier Inku. “Mon histoire a commencé vers mes 12 ans. Depuis toute petite, j’ai toujours aimé créer des choses avec mes mains. J’ai commencé avec les poupées. Je leur faisais des vêtements mais aussi des meubles, des lits… Je leur faisais même des rouleaux de papier hygiénique! J’ai toujours aimé le souci du détail.” Au début de son adolescence, Ana produit des shorts et des maillots de bain pour ses amies et profite des vacances pour prendre des cours de couture et de confection. Elle combinera l’auto-apprentissage et des formations courtes jusqu’à ses 18 ans, lorsqu’elle décide de suivre un double cursus en création de mode et haute-couture. Dès lors, Ana passe l’entièreté de ses journées et ses soirées à étudier toutes les étapes du processus de conception et de fabrication d’un vêtement.

Ana est originaire du Pérou, pays dans lequel perdure une grande tradition textile. A la fin de ses études, elle monte un atelier dans sa maison pour faire des vêtements sur mesure et rencontre un certain succès. Mais son rêve est de partir pour l’Europe où le monde de la haute couture offre des opportunités de développement professionnel uniques. Ana décide de s’envoler pour Barcelone et, à peine un mois après son arrivée, est embauchée dans une boutique de vêtements pour mariées dans une rue huppée de la ville (calle Balmes). “Le vêtement de mariage m’a toujours plu parce qu’il nécessite beaucoup de travail à la main au contraire du vêtement urbain.”

Ana García - costura

En 2007, Ana est recrutée dans l’équipe de patronage du département haute couture au sein de la puissante firme Pronovias. À ce moment, les vêtements de la ligne supérieure de la firme sont encore faits intégralement à la main mais, quelques mois plus tard, c’est la transition vers les méthodes digitales et toute l’équipe reçoit une formation en patronage assisté par ordinateur. “Cela a été un choc !” se souvient Ana “Au départ j’étais très sceptique parce que je ne jurais que par le manuel – je suis d’ailleurs encore totalement obsédée par le manuel. Mais je me suis rendu compte que l’informatique n’était qu’un outil, le patronage peut être exécuté par ordinateur mais tout ce qui suit peut rester artisanal comme la coupe, l’assemblage, les essayages,… Et c’est ce que j’aime. Lorsque vous réalisez un drapé, par exemple, c’est très difficile de le faire seulement sur dessin, il faut travailler avec le tissu du vêtement parce que chaque tissu réagit de manière différente.”

Ana García - Pronovias

Ana regarde des photos de défilé de Pronovias

Il est difficile d’imaginer qu’un travail profondément manuel puisse coexister avec les techniques digitales de pointe dans un mastodonte de l’industrie comme Pronovias. “Je travaillais pour la gamme ‘Atelier’ de la marque, ce qui est l’équivalent de la haute couture”, nous explique Ana. “J’étais chargée de faire les prototypes qui, une fois approuvés après les défilés, étaient déclinés en plusieurs tailles et envoyés à la production. C’était du prêt-à-porter avec une production sur de gros volumes mais les étapes de départ étaient très artisanales.”

Après 9 années passées chez Pronovias, où elle a accumulé beaucoup d’expérience et de confiance, Ana sent que le moment est venu pour elle d’ouvrir son propre atelier.

Artisanat et mesures

Taller Inku Atelier

En avril 2017, Ana ouvre Inku, son atelier-boutique de robes de soirée et de mariée. “Au Pérou j’ai eu pendant un temps ma petite marque de lingerie et j’ai toujours voulu retenter l’expérience d’avoir une marque à moi. C’est une idée de longue date.” Lorsqu’elle se détache de Pronovias, Ana reste un an à faire mûrir le projet en elle, basé sur l’idée de faire une marque avec une collection restreinte et qui ne respecterait pas le cycle des saisons.

“Pendant toutes mes années chez Pronovias, j’ai énormément aimé la partie de mon travail qui était artisanale mais les obligations de la production et du rythme des saisons m’épuisaient. L’idée qui s’est imposée à moi durant cette année de réflexion et qui s’est matérialisée dans Inku Atelier est de faire des vêtements qui ne soient pas liés à une collection par saison. J’ai créé une série de 6 ou 7 modèles de robe pour servir d’inspiration de départ pour les femmes qui viennent chez moi. Je peux ajouter ou enlever un modèle comme et quand je l’entends. Je veux créer dans la paix et la tranquillité. Je suis quelqu’un qui a besoin de s’épanouir dans son travail et je n’en pouvais plus de cette obligation dévorante de toujours renouveler les collections et en permanence créer-pour-produire-pour-vendre.”

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Inku est un mot d’origine Quechua qui signifie le “noeud d’une toile”. “Bien que je ne parle pas Quechua, je suis originaire d’une région du Pérou où cette langue est parlée et je voulais refléter mes origines”, nous raconte Ana. “C’est un mot qui a attiré mon attention parce que j’aime travailler les noeuds dans mes créations et aussi parce que cela fait référence à une liaison qui permet de construire quelque chose de plus grand.”

 

Detalle vestido nudo - Inku Atelier

Des robes qui ont un âme

Il est difficile de définir le style de Inku puisque les vêtements sont intégralement faits sur mesure et donc entièrement adaptables au goût de chaque cliente pour, au final, donner des pièces uniques. “Je veux faire des pièces qui ont une âme, j’accorde beaucoup d’importance au détail, au choix des tissus, aux broderies, à tout ce qui peut contribuer à ce que le vêtement soit parfait pour la personne qui me le commande.”

Etiqueta Inku Atelier

Les vêtements de soirée ont eux un style plus défíni, plus marqué. “J’aime énormément la couleur et j’essaie d’utiliser des tissus de cultures autochtones. J’ai certaines toiles qui proviennent de Jordanie, de plusieurs pays d’Afrique… J’aime que l’origine du tissu ait une importance.” Pour certaines robes, Ana a travaillé avec des artisans du Pérou pour faire des broderies traditionnelles de son pays natal avec motifs fleuris et des couleurs très puissantes.

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Dans ses modèles de vêtements pour mariées, ces propositions qu’elles soumet aux clientes comme une aide de départ pour éviter qu’elles ne s’étourdissent dans un champ de possibilités trop vaste, il y a un ensemble très original avec pantalon: “Les marques classiques ne proposent jamais cette possibilité, le vêtement de la mariée semble toujours devoir être une robe, mais je trouve que l’ensemble pantalon doit exister. J’avais commencé un ensemble par le dessus en faisant une blouse et lorsque j’ai voulu faire la jupe qui allait avec je me suis rendu compte que c’était une fausse route et que cette blouse demandait un pantalon qui lui correspondait. C’est évidemment moins vendeur, car cela apparaît pour les futures mariées comme quelque chose de très osé.”

Les sources d’inspiration d’Ana se trouvent principalement sur Pinterest, Instagram et dans certaines revues comme l’édition de Hola pour le prêt-à porter et la haute couture. “Je regarde très peu les vêtements de mariage, j’essaie plutôt de m’inspirer de vêtements de soirée ou de vêtements urbains pour pouvoir intégrer de nouvelles idées de coupes.” Dans son atelier, Ana accroche des photos, des dessins, des morceaux de tissus ou des couleurs sur un panneau, pour l’aider à créer.

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Un processus de création main dans la main

Comment se passe le processus de création avec Ana? Tout commence par un premier rendez-vous, fixé plusieurs mois avant la date de fête, pour un premier échange sur les goûts et les désirs de la cliente. Durant ce rendez-vous, Ana dessine 3 ou 4 croquis jusqu’à trouver celui qui séduit: “C’est très intéressant de travailler de cette manière,” nous raconte Ana, “parce que la cliente peut me dire ‘j’aime cette jupe-ci mais ce serait bien avec ce détail de l’autre ensemble’… On peut faire n‘importe quelle combinaison.”

C’est le moment aussi où est choisi le tissu dans lequel sera réalisé le vêtement. À côté de ce court “menu” de styles, Ana propose aussi à ses clientes une sélection de tissus et d’éléments (boutons, fils,….) en matières naturelles (soie, coton,…) qui proviennent de différents fournisseurs barcelonais comme Ribes y Casals. Ana prend alors les mesures de la personne dans les règles de l’art, c’est toute une série de mesures très précises qui permettent de décrire complètement une morphologie. Il reste ensuite à se mettre d’accord sur le deuxième rendez-vous qui donnera lieu au premier essayage.

Prueba vestido glasilla

Essayage de robe en “toile à patron”

Entre-temps, Ana se met à la besogne et transcrit le modèle et les mesures dans un patronage qu’elle dessine à la main sur du carton craft. Le patronage sert d’abord à faire une découpe dans une fine toile de coton (“la toile à patron”) pour coudre une première version du vêtement qui n’est utilisée que pour tester la forme lors du premier essayage : “C’est uniquement pour voir si les mesures sont correctes et voir comment s’adapte le patronage au corps de la cliente. Sur cette toile je peux faire toutes les corrections nécessaires”, nous explique Ana.

Plus tard vient le deuxième essayage avec le vêtement à moitié cousu pour permettre encore des ajustements mais cette fois dans le tissu définitif. “Je ne veux pas coudre et finir le vêtement avant le deuxième essai, je préfère construire le vêtement petit-à-petit à chaque essayage pour pouvoir faire plusieurs adaptations et obtenir un maximum de précision. J’ai besoin au total de trois essayages après la prise de mesure initiale”

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Fabrication locale

Avec Barcelona Fabrica, nous souhaitons faire connaître des créateurs et des fabricants liés à un lieu que nous aimons, la ville de Barcelone, et détenteurs d’un savoir-faire authentique parce que nous sommes convaincus de l’impact positif que ces personnes ont sur la société toute entière. Ana est l’une de ces personnes qui utilisent les armes de leur travail et de leur talent pour faire vivre leur métier dans un marché délocalisé et dominé par la mécanisation et la main d’oeuvre bon marché. Ce n’est pas simple et elle n’est pas la seule sur ce marché du “sur mesure” artisanal: “Il y a beaucoup de concurrence depuis quelques années, car beaucoup de nouveaux ateliers sont apparus. C’est intéressant parce que c’est un type de commerce qui commence à changer. Je pense que nous allons devoir beaucoup travailler pour nous démarquer et perdurer.”

Les discussions que nous avons avec elle tournent autour de la fabrication textile et ses coûts, non seulement économiques mais aussi sociaux, environnementaux, éthiques, …. Comme professionnelle de la mode, c’est pour elle un thème de réflexion permanente et elle partage une anecdote. “Un jour je suis allée chez Mango et j’y ai vu une veste de costume vendue 30 euros… Ça m’a fait mal au coeur, j’ai tout de suite pensé à combien la personne qui avait réalisé cette veste avait dû être payée pour arriver à un prix aussi bas. Je sais ce que ça représente comme travail de confectionner une veste pareille, ce n’est pas facile. Et je me suis demandé: “Où est l’équilibre?” J’essaie de faire ce métier avec le plus de conscience possible et j’aimerais ne pas m’isoler complètement d’un côté ou de l’autre. Moi je ne veux plus acheter dans ce genre de commerce parce que je sais ce qu’il y a derrière mais je ne veux pas juger ceux qui le font parce qu’il n’est pas toujours possible d’avoir le choix.”

Inku Atelier - zapatos y revistas

Le succès de la “fast fashion” ne faiblit pas (est désigné comme fast fashion la tendance à produire toujours plus vite de nouveaux modèles pour capturer des tendances de mode extrêmement fugaces et ainsi pousser le plus souvent possible à l’achat) et l’augmentation constante du volume de vêtements achetés dans le monde conjuguée à la baisse du nombre d’utilisations de chaque pièce est une réalité (voir ces graphiques impressionnants de la Ellen MacArthur Foundation). Il nous semble toutefois détecter des signes de changement: de plus en plus de personnes se préoccupent d’acheter local et éthique. Nous demandons à Ana si elle est d’accord avec cette observation. “Je veux y croire ! Mais je pense que c’est encore marginal et minoritaire. Les critères majeurs dans l’achat d’un vêtement restent encore le prix et le désir du moment et cela, chez la grande majorité des gens. Cela ne va pas au-delà de ces critères. Il reste encore énormément de chemin à faire mais c’est vrai qu’il existe une tendance prometteuse.”

Bobinas hilo - Inku Atelier

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Une robe réalisée sur mesure par Ana chez Inku Atelier est vendue entre 950 et 1800 €. “J’essaie d’avoir des prix adaptés aux revenus d’une mariée de Barcelone!” Il nous semble que ce sont des prix incroyablement raisonnables pour des robes pouvant demander parfois jusqu’à 80 heures de travail. “Je mets énormément de passion dans chaque projet de robe et j’aime traiter chaque pièce comme une oeuvre d’art” nous dit Ana. Nous ne pouvons que témoigner de la véracité de cette passion et souligner la qualité de son travail ainsi que son souci du détail.

À la hauteur du rêve

Prueba Vestido - Inku Atelier

Voilà, tout est dit et tout reste à faire. Si un événement festif et solennel approche, laissez-vous porter par l’euphorie et n’hésitez pas un instant à contacter Ana pour qu’elle puisse mettre tout son talent à votre service!

Inku Atelier se trouve dans la partie gauche du quartier de l’Eixample, près du parc Joan Miró:

Consell de Cent, 97
08015 Barcelona
(0034) 93 015 70 40
Mobile: (0034) 654 949 422
Google Maps
Metro: Rocafort / Tarragona

Il est possible de demander un rendez-vous directement sur la page web.

Vous pouvez aussi voir le travail de Ana sur le compte Instagram de Inku!